Il existe des pays que l’on visite, et d’autres que l’on contemple. La Suisse appartient résolument à la seconde catégorie. Ici, les paysages semblent avoir été dessinés avec une précision presque irréelle : lacs aux reflets turquoise, sommets enneigés, vallées verdoyantes, villages accrochés aux pentes et chemins de randonnée qui invitent à ralentir.
À chaque détour, le décor change. Un train grimpe vers un glacier, une route serpente entre deux parois rocheuses, une barque glisse sur une eau parfaitement immobile. La Suisse ne se résume pas aux Alpes, même si celles-ci occupent une place majestueuse dans le tableau. Des reliefs du Jura aux terrasses viticoles du Lavaux, voici les plus beaux paysages suisses à découvrir absolument.
Le lac Léman et les vignes du Lavaux
Pour commencer ce voyage, direction les rives du lac Léman. Depuis Lausanne, Montreux ou Vevey, la vue s’ouvre sur une immense nappe bleue bordée par les montagnes françaises. Lorsque le ciel est dégagé, les sommets enneigés semblent flotter au-dessus du lac, comme une frontière douce entre l’eau et les nuages.
Mais le paysage le plus spectaculaire se trouve sans doute du côté de Lavaux. Classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, les terrasses viticoles s’étendent entre Lausanne et Chexbres sur une trentaine de kilomètres. Les vignes descendent en gradins vers le lac, soutenues par de vieux murets en pierre. Au printemps, les ceps se parent de vert tendre ; en automne, les feuilles prennent des teintes dorées et cuivrées.
J’aime particulièrement parcourir les chemins entre Saint-Saphorin, Rivaz et Cully. On y avance tranquillement, avec le lac en contrebas et les Alpes en toile de fond. Une halte dans un caveau permet de goûter un chasselas local tout en observant les bateaux minuscules qui traversent le Léman.
- À ne pas manquer : le panorama depuis Chexbres, surtout au coucher du soleil.
- Balade conseillée : le sentier viticole entre Cully et Saint-Saphorin.
- Bon à savoir : les villages sont facilement accessibles en train depuis Lausanne.
Le lac de Brienz, un joyau turquoise
Dans la région de l’Oberland bernois, le lac de Brienz attire immédiatement le regard par sa couleur. Selon la lumière et la saison, son eau oscille entre le bleu profond, le vert émeraude et un turquoise presque tropical. Difficile d’imaginer que l’on se trouve au cœur des Alpes plutôt que sur une île lointaine.
Les montagnes plongent directement dans le lac, donnant au paysage une allure sauvage. La petite ville de Brienz, connue pour son artisanat du bois, constitue une excellente base pour explorer les environs. Depuis ses quais, on peut prendre un bateau et rejoindre Interlaken ou les villages installés au bord de l’eau.
La cascade de Giessbach est l’un des grands spectacles de cette région. Elle dévale la montagne en plusieurs niveaux avant de rejoindre le lac. Un funiculaire historique permet de s’approcher du Grandhotel Giessbach, posé dans la forêt face à cette chute impressionnante. Le bruit de l’eau, le parfum des sapins et la lumière qui traverse les branches composent une scène presque cinématographique.
Pour admirer le lac depuis les hauteurs, le chemin menant au Rothorn de Brienz offre des panoramas remarquables. Le trajet en train à vapeur, lorsque les conditions sont réunies, ajoute une touche rétro à l’aventure.
Interlaken et les sommets de l’Oberland bernois
Interlaken porte bien son nom : la ville se trouve entre les lacs de Thoune et de Brienz. Elle est aussi entourée de quelques-uns des sommets les plus célèbres de Suisse, dont l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau. Depuis les prairies d’Interlaken, la silhouette de ces montagnes paraît presque inaccessible. Pourtant, les trains et téléphériques permettent de s’en rapprocher sans être un alpiniste chevronné.
Le voyage vers la Jungfraujoch, souvent surnommée le « toit de l’Europe », conduit à plus de 3 400 mètres d’altitude. Le train traverse des paysages alpins grandioses avant d’atteindre un univers de glace et de neige. Le glacier d’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, s’étire alors sous les yeux dans une longue courbe blanche.
Pour une expérience plus paisible, je recommande les environs de Grindelwald. Le village est entouré de falaises, de pâturages et de sommets imposants. Le sentier menant au Bachalpsee est particulièrement agréable : après quelques heures de marche, le lac reflète les montagnes comme un miroir. Par temps calme, le paysage semble suspendu entre ciel et terre.
- Pour les familles : les remontées mécaniques donnent accès à de nombreux sentiers faciles.
- Pour les randonneurs : le chemin de Schynige Platte offre une vue exceptionnelle sur les deux lacs.
- Pour les photographes : les premières heures du matin donnent une lumière plus douce et moins de fréquentation.
Le Cervin et les paysages de Zermatt
Il suffit d’apercevoir le Cervin pour comprendre pourquoi cette montagne est devenue l’un des symboles de la Suisse. Sa forme pyramidale, nette et élégante, domine Zermatt avec une présence presque humaine. On pourrait croire qu’elle a été placée là pour guider les voyageurs.
Le village de Zermatt est piéton, ce qui permet de le découvrir dans une atmosphère plus calme. Les chalets en bois, les ruelles fleuries et les anciennes granges contrastent avec la verticalité spectaculaire des sommets environnants. En hiver, la neige recouvre les toits et transforme le village en décor de conte ; en été, les alpages s’ouvrent aux marcheurs.
Le sentier des cinq lacs est l’un des itinéraires les plus accessibles pour admirer le Cervin sous différents angles. Stellisee, Grindjisee, Grünsee, Moosjisee et Leisee composent une succession de paysages alpins. Certains lacs reflètent parfaitement la montagne lorsque le vent se calme. J’ai toujours trouvé quelque chose de profondément apaisant dans ces moments où le Cervin apparaît à la surface de l’eau, comme une seconde montagne miniature.
Pour prendre de la hauteur, le Gornergrat est incontournable. Le train grimpe jusqu’à une crête panoramique offrant une vue sur le Cervin, le glacier du Gorner et plusieurs dizaines de sommets. Le trajet est déjà une expérience en soi : chaque virage dévoile un nouveau fragment du paysage.
Le glacier d’Aletsch, une rivière de glace monumentale
Le glacier d’Aletsch mérite une place à part. Long de près de vingt-quatre kilomètres, il descend entre les sommets valaisans comme une immense rivière figée. Ses lignes sinueuses, ses crevasses et ses teintes bleutées racontent une histoire vieille de plusieurs siècles.
Les points de vue de Bettmerhorn, Eggishorn et Moosfluh permettent de l’observer depuis les hauteurs. Le panorama est saisissant : le glacier semble prendre naissance dans un amphithéâtre de montagnes avant de s’étirer vers la vallée. On mesure ici la puissance silencieuse des paysages alpins, mais aussi leur fragilité face au réchauffement climatique.
La région se découvre à pied grâce à de nombreux sentiers balisés. Une randonnée entre Bettmeralp et Riederalp traverse des forêts de mélèzes, des prairies fleuries et des alpages traditionnels. En automne, les arbres se teintent de jaune et la lumière rasante donne aux montagnes une douceur particulière.
Prévoyez de bonnes chaussures, de l’eau et une protection solaire : en altitude, le soleil peut surprendre même lorsque l’air reste frais.
Le val Verzasca et ses eaux cristallines
Au Tessin, le val Verzasca dévoile une Suisse plus méridionale, plus minérale et presque sauvage. La rivière serpente entre de grandes dalles de granite poli, formant des bassins naturels d’une transparence remarquable. L’eau, souvent d’un vert émeraude, semble irréelle.
Le village de Lavertezzo est l’un des lieux les plus photographiés de la vallée, notamment pour son pont en pierre à deux arches, le Ponte dei Salti. Depuis le pont, on observe les rochers sculptés par le courant et les petites vasques naturelles. La baignade peut être tentante, mais elle exige une grande prudence : les courants sont parfois puissants et les rochers glissants.
En remontant la vallée, les villages de Sonogno et Frasco dévoilent des maisons de pierre, des ruelles étroites et une architecture traditionnelle parfaitement intégrée à la montagne. Ici, le temps semble s’écouler autrement. On s’arrête pour un café, une polenta ou une simple conversation, avec l’impression que personne ne cherche réellement à courir.
- Le plus beau moment : tôt le matin, avant l’arrivée des visiteurs venus pour la journée.
- À découvrir : les sentiers reliant les villages et les anciennes maisons rurales.
- À respecter : les zones interdites à la baignade et les consignes liées aux barrages hydroélectriques.
Le parc national suisse et la beauté du silence
Dans le canton des Grisons, le parc national suisse protège un vaste territoire alpin où la nature évolue avec une intervention humaine limitée. Les paysages y sont moins policés que dans les stations touristiques : forêts de mélèzes, sommets rocailleux, vallées austères et prairies d’altitude s’enchaînent dans une belle sobriété.
Le parc abrite des bouquetins, des marmottes, des cerfs et de nombreuses espèces d’oiseaux. Il n’est pas rare de marcher longtemps sans croiser personne, accompagné seulement par le sifflement du vent et le bruit de ses propres pas. Cette sensation de solitude, devenue rare dans nos vies connectées, constitue l’un des grands charmes de la région.
Plusieurs itinéraires sont accessibles aux marcheurs, notamment autour de l’Ofenpass. Les chemins sont bien balisés, mais il est essentiel de rester sur les sentiers autorisés : la protection de cet espace repose sur des règles strictes. Il est également interdit de cueillir des plantes ou de déranger les animaux.
Pour prolonger l’expérience, le village de Guarda, dans la vallée de l’Engadine, mérite le détour. Ses maisons décorées de sgraffites et ses façades fleuries composent un ensemble particulièrement harmonieux.
Le lac de Cauma et les paysages de Flims
Dans le canton des Grisons, le lac de Cauma ressemble à une parenthèse tropicale posée au milieu des forêts alpines. Son eau turquoise, alimentée par des sources souterraines, contraste avec les sapins qui l’entourent. Lorsque le soleil traverse les branches, de petites taches de lumière dansent sur la surface du lac.
Le lac peut être rejoint à pied depuis Flims en une trentaine de minutes environ, selon l’itinéraire choisi. Une navette ou un ascenseur incliné facilite également l’accès durant la belle saison. Pour une promenade plus complète, le sentier menant au lac de Cresta traverse les gorges du Rhin antérieur et offre une succession de belvédères naturels.
La région est aussi célèbre pour les gorges du Rhin, parfois surnommées le « Grand Canyon suisse ». Les falaises blanches bordent le fleuve sur plusieurs kilomètres. Depuis les plateformes panoramiques ou à bord d’un train régional, le spectacle est impressionnant, surtout après quelques jours de pluie lorsque le Rhin prend de la vigueur.
Le Jura suisse et ses paysages insoupçonnés
La Suisse ne se limite pas aux sommets vertigineux. Dans le Jura, les paysages prennent une allure plus douce : combes boisées, pâturages ponctués de sapins, falaises calcaires et longues crêtes balayées par le vent. C’est une région idéale pour celles et ceux qui recherchent une nature paisible, loin de l’agitation des grandes stations alpines.
Le Creux du Van, dans le canton de Neuchâtel, forme un immense cirque rocheux en forme de fer à cheval. Ses parois impressionnantes dominent les paysages du Jura et offrent, par temps clair, une vue qui s’étend jusqu’aux Alpes. Le chemin d’accès traverse des forêts et des pâturages où l’on peut parfois apercevoir des bouquetins.
Autre lieu remarquable : le lac de Joux, installé dans une large vallée jurassienne. En été, ses rives invitent à la randonnée, au vélo ou à une pause contemplative. En hiver, lorsque le lac gèle suffisamment, il devient l’une des plus grandes patinoires naturelles d’Europe. Un décor étonnant, où l’on glisse avec les montagnes à l’horizon.
Quelques conseils pour découvrir les paysages suisses
La Suisse se prête particulièrement bien au voyage en train. Le réseau est ponctuel, confortable et dessert de nombreux villages de montagne. Les trains panoramiques, comme le Glacier Express, le Bernina Express ou le GoldenPass, permettent de profiter du paysage sans avoir à se concentrer sur la route. Attention toutefois : le prix des transports peut être élevé. Les cartes et abonnements touristiques peuvent devenir intéressants si vous multipliez les trajets.
- Privilégiez le printemps et l’automne pour profiter de paysages lumineux et d’une fréquentation plus modérée.
- En montagne, vérifiez toujours la météo et l’ouverture des remontées mécaniques avant de partir.
- Prévoyez plusieurs couches de vêtements : la température peut changer rapidement en altitude.
- Respectez les alpages, refermez les clôtures et gardez les distances avec les troupeaux.
- Pour les plus beaux panoramas, partez tôt. Les montagnes se parent alors d’une lumière douce et les sentiers sont plus silencieux.
Ce qui rend la Suisse si fascinante, c’est cette capacité à réunir des paysages très différents sur un territoire relativement compact. En quelques heures, on passe d’un lac bordé de vignes à un glacier, d’une vallée méditerranéenne à une forêt jurassienne. Et lorsque le soir tombe sur les sommets, que les dernières lueurs rosées glissent sur les neiges éternelles, on comprend que le plus beau souvenir n’est pas toujours un lieu précis. C’est parfois cette sensation, fugace et précieuse, d’avoir marché au cœur d’un paysage plus grand que soi.

