Un autotour en Argentine, c’est une invitation à changer d’échelle. Ici, les routes semblent avoir été dessinées par le vent : elles traversent des plaines infinies, longent des glaciers bleutés, grimpent vers des cols andins et s’attardent dans des villages où le temps paraît moins pressé. Du tango de Buenos Aires aux terres australes de Patagonie, chaque étape révèle un visage différent du pays.
Mais comment construire un itinéraire cohérent dans un territoire grand comme plusieurs pays européens réunis ? Faut-il tout voir, au risque de passer ses journées dans les transports, ou choisir quelques régions et les découvrir plus lentement ? Pour un premier voyage, je recommande un parcours de trois à quatre semaines, combinant les grandes étapes incontournables et quelques échappées plus confidentielles.
Quelle durée prévoir pour un autotour en Argentine ?
L’Argentine ne se visite pas en une semaine. Les distances sont considérables : Buenos Aires se trouve à plusieurs milliers de kilomètres de la Patagonie, tandis que les chutes d’Iguazú sont à l’extrême nord-est du pays. Un itinéraire trop ambitieux transforme rapidement le voyage en succession d’aéroports, de chambres d’hôtel et de valises à refaire.
Pour profiter pleinement du pays, voici trois formats possibles :
- Deux semaines : Buenos Aires, les chutes d’Iguazú et une région de Patagonie, comme El Calafate et El Chaltén.
- Trois semaines : Buenos Aires, Iguazú, Salta et la Quebrada de Humahuaca, puis Mendoza ou la Patagonie.
- Quatre semaines ou plus : un grand voyage incluant Buenos Aires, le Nord-Ouest, Mendoza, la région des lacs et la Patagonie australe.
L’autotour fonctionne particulièrement bien dans le Nord-Ouest argentin, autour de Salta et Jujuy, dans la région de Mendoza et en Patagonie. Pour les très longues distances, mieux vaut prendre un vol intérieur puis louer une voiture sur place. Traverser tout le pays au volant serait une aventure magnifique… mais il faudrait accepter de passer beaucoup de temps sur la route.
Le meilleur moment pour partir
Le calendrier dépend fortement des régions visitées. L’Argentine s’étire du tropique du Capricorne aux confins de l’Antarctique : lorsque l’on profite de l’été à Buenos Aires, l’hiver enveloppe Ushuaïa de froid et de neige.
- Octobre à avril : période idéale pour la Patagonie, les glaciers, les randonnées et la région des lacs.
- Avril à juin : saison agréable pour Buenos Aires, Mendoza et le Nord-Ouest, avec des températures souvent douces.
- Juillet à septembre : bon moment pour le Nord-Ouest et les amateurs de ski dans les Andes ; la Patagonie peut être très froide.
- Janvier et février : haute saison en Patagonie, avec davantage de visiteurs et des hébergements à réserver très tôt.
Pour un premier autotour réunissant Salta, Mendoza et la Patagonie, les mois d’octobre-novembre ou de mars-avril offrent souvent un bel équilibre entre météo, fréquentation et tarifs.
Buenos Aires, première rencontre avec l’Argentine
Je conseille de commencer par trois jours à Buenos Aires. La capitale possède cette énergie particulière des villes qui ne dorment jamais vraiment. Le matin, les cafés s’emplissent de conversations et de petites cuillères tintant contre les tasses. Le soir, les façades s’illuminent et le tango semble surgir au coin d’une rue.
Installez-vous dans Palermo pour son atmosphère vivante, ses jardins et ses restaurants, ou choisissez San Telmo si vous préférez les vieilles pierres, les marchés et les balcons chargés d’histoire. Recoleta, plus élégante, permet de découvrir le célèbre cimetière où repose Eva Perón, tandis que le quartier de La Boca séduit par ses maisons colorées et ses ruelles animées.
Une première promenade peut relier la Plaza de Mayo, la Casa Rosada, la cathédrale métropolitaine et l’avenue de Mayo. Le lendemain, prenez le temps de flâner au marché de San Telmo. Entre les antiquités, les objets insolites et les danseurs de tango, on se laisse facilement retenir plus longtemps que prévu.
La voiture n’est pas nécessaire à Buenos Aires. Elle devient même plutôt encombrante : circulation dense, stationnement coûteux et distances facilement parcourues en métro ou en taxi. Gardez la location pour la suite du voyage.
Les chutes d’Iguazú, une forêt qui gronde
Depuis Buenos Aires, un vol d’environ deux heures permet de rejoindre Puerto Iguazú, à la frontière du Brésil et du Paraguay. Les chutes d’Iguazú sont l’un des grands moments d’un voyage en Argentine. Au cœur d’une forêt subtropicale, plus de deux cents cascades se déploient dans un vacarme impressionnant.
Prévoyez au moins deux jours complets. Le côté argentin permet de s’approcher au plus près des chutes grâce à plusieurs passerelles. Le circuit inférieur offre des points de vue saisissants, tandis que le circuit supérieur dévoile la puissance de l’eau depuis les hauteurs. Le clou du spectacle reste la Garganta del Diablo, une immense gorge où les flots disparaissent dans un nuage d’embruns.
Le parc se visite facilement à pied et en petit train. Une excursion en bateau permet aussi de s’approcher des cascades. Prévoyez des vêtements qui sèchent vite : ici, la pluie vient parfois d’en haut, parfois des embruns, et parfois des deux à la fois.
Pour prolonger l’expérience, vous pouvez traverser la frontière afin d’admirer les chutes depuis le Brésil. Le panorama y est plus global, tandis que le côté argentin permet une immersion plus intense. Vérifiez les formalités d’entrée selon votre nationalité et prévoyez suffisamment de temps pour les contrôles.
Salta et la Quebrada de Humahuaca : couleurs andines et villages suspendus
Après Iguazú, un vol vers Salta ouvre les portes d’un tout autre univers. Surnommée « la linda », Salta séduit par son architecture coloniale, ses églises colorées et ses places ombragées. C’est aussi l’un des meilleurs points de départ pour un autotour dans le Nord-Ouest argentin.
Récupérez votre voiture à Salta et partez vers San Antonio de los Cobres par la route de la Quebrada del Toro. Les paysages changent progressivement : les vallées verdoyantes cèdent la place aux montagnes arides, aux cactus géants et aux plateaux d’altitude. Le célèbre viaduc de Polvorilla, associé au train des Nuages, semble posé dans un décor irréel.
Pour une boucle de cinq à six jours, l’itinéraire peut suivre ce tracé :
- Salta et les villages de la vallée de Lerma ;
- San Antonio de los Cobres et les hauts plateaux ;
- Purmamarca et la montagne aux Sept Couleurs ;
- Tilcara et le site précolombien de Pucará ;
- Humahuaca et la montagne aux Quatorze Couleurs ;
- Cafayate et ses vignobles, avant le retour à Salta.
La route entre Salta et Cafayate, bordée de formations rocheuses sculptées par l’érosion, mérite à elle seule le détour. Les gorges de la Quebrada de las Conchas offrent des paysages spectaculaires : l’Anfiteatro, la Garganta del Diablo et la Tres Cruces sont autant de haltes à inscrire sur la carte.
À Purmamarca, promenez-vous tôt le matin autour du village. La lumière rasante révèle alors les nuances rouges, ocres et violettes de la montagne. À Tilcara, prenez le temps de goûter une empanada salteña ou un locro, ragoût traditionnel réconfortant après une journée sur les hauteurs.
Attention à l’altitude. Certaines routes dépassent 3 500 mètres, et le corps peut avoir besoin d’un peu de temps pour s’adapter. Hydratez-vous, conduisez doucement et évitez de multiplier les efforts les premiers jours.
Mendoza, sur les routes du vin et des Andes
Un vol depuis Salta permet de rejoindre Mendoza, capitale argentine du vin et porte d’entrée vers les Andes. La région est célèbre pour son malbec, mais elle offre bien plus que des dégustations. Les paysages mêlent vignes ordonnées, canaux d’irrigation et sommets enneigés.
Louez une voiture pour explorer les environs de Luján de Cuyo et de la vallée de Uco. Plusieurs domaines proposent des visites avec déjeuner, dégustation et vue sur la cordillère. Si vous souhaitez goûter les vins, désignez un conducteur ou réservez les services d’un chauffeur : les routes argentines sont belles, mais elles ne pardonnent pas toujours l’insouciance.
Depuis Mendoza, la route nationale 7 mène vers Potrerillos et le parc provincial de l’Aconcagua. Le sommet, qui culmine à 6 961 mètres, est le toit des Amériques. Même sans randonnée longue, plusieurs belvédères permettent d’admirer ses parois monumentales. En chemin, les couleurs de la montagne changent selon l’heure, passant du gris minéral au rose doré.
Deux ou trois jours suffisent pour découvrir Mendoza, mais les voyageurs qui aiment prendre leur temps pourraient y rester davantage. Entre une balade à vélo dans les vignes et une soirée autour d’un asado, l’agenda se remplit étonnamment vite.
La Patagonie, entre glaciers et immensité
Pour terminer l’itinéraire, prenez un vol vers El Calafate. La ville est la principale porte d’entrée du parc national Los Glaciares, où le glacier Perito Moreno avance lentement dans les eaux turquoise du lac Argentino. Le spectacle est hypnotique : on attend, presque silencieux, le grondement d’un pan de glace qui se détache et s’effondre dans le lac.
Consacrez une journée entière au glacier. Les passerelles offrent différents points de vue et permettent de mesurer son immensité. Il est également possible de naviguer sur le lac ou de participer à une excursion sur la glace, selon les conditions et votre niveau de forme.
Depuis El Calafate, la route vers El Chaltén traverse une Patagonie plus sauvage encore. Le trajet prend environ trois heures, mais les arrêts seront nombreux : lacs, steppes, troupeaux de guanacos et silhouettes de montagnes se succèdent sans prévenir.
El Chaltén est le paradis des randonneurs. Le sentier menant à la laguna de los Tres offre une vue exceptionnelle sur le Fitz Roy, tandis que la randonnée vers la laguna Torre dévoile un autre visage de la cordillère. Les conditions météorologiques changent rapidement : emportez toujours une veste imperméable, même lorsque le ciel semble parfaitement dégagé.
Si votre voyage dépasse quatre semaines, vous pouvez prolonger vers Ushuaïa. La ville, posée au bord du canal Beagle, porte fièrement son surnom de « bout du monde ». Naviguer sur le canal permet d’observer les colonies de lions de mer et les oiseaux marins. Le parc national Tierra del Fuego offre quant à lui des sentiers entre forêts, tourbières et baies silencieuses.
Conseils pratiques pour réussir son autotour
La conduite en Argentine demande de rester attentif, surtout en dehors des grandes villes. Les routes principales sont généralement correctes, mais certaines pistes secondaires sont gravillonnées et les nids-de-poule peuvent surgir sans prévenir. Évitez de conduire de nuit : les animaux, les véhicules mal éclairés et les longues portions isolées rendent la visibilité incertaine.
- Réservez votre voiture auprès d’une agence reconnue et vérifiez l’assurance incluse.
- Demandez une carte routière ou téléchargez les itinéraires hors connexion.
- Faites le plein dès que l’occasion se présente, notamment dans les régions désertiques.
- Respectez les limitations de vitesse et prévoyez une marge pour les contrôles routiers.
- Gardez de l’eau, quelques provisions et une batterie externe dans le véhicule.
- Vérifiez les conditions des routes avant de partir en montagne ou en Patagonie.
Le budget varie selon la saison, le type d’hébergement et le nombre de vols intérieurs. Les hôtels de charme et les estancias offrent une expérience remarquable, mais les auberges, chambres d’hôtes et petits hôtels locaux permettent de voyager à moindre coût. Pour les repas, les marchés et les restaurants de quartier sont souvent d’excellentes options. Et puis, difficile de quitter l’Argentine sans avoir partagé un asado : cette grande grillade conviviale est presque une étape du voyage à elle seule.
Un itinéraire qui laisse la place à l’imprévu
Un autotour en Argentine se prépare avec soin, mais il ne faut pas chercher à tout contrôler. Une route fermée par la météo, une conversation prolongée avec un propriétaire d’estancia ou un détour vers un village oublié peuvent devenir les souvenirs les plus précieux.
Ce pays se découvre dans ses grands paysages, bien sûr, mais aussi dans les détails : le parfum du maté partagé au bord d’une route, la lumière rose sur les Andes, le claquement des sabots dans une rue poussiéreuse ou le silence immense d’un glacier. En choisissant quelques régions et en leur accordant le temps nécessaire, vous ne traverserez pas simplement l’Argentine. Vous lui laisserez la chance de vous surprendre.

